Utmisol

Kremerata Baltica
et Martha Argerich

GRANDS INTERPRÈTES

Halle aux Grains

> 18 janvier

Kremerata Baltica<br>et Martha Argerich
Photo par Adriano Heitman et Christian Lutz 
Kremerata Baltica<br>et Martha Argerich
Photo par Adriano Heitman et Christian Lutz 
Mendelssohn, Symphonie pour orchestre à cordes 7, en ré mineur, Kremerata Baltica; Tchaïkovski (Raskatov) Les Saisons, Kremerata Baltica; Schumann (Hermann) Images d’Orient pour orchestre à cordes, opus 66; Kremerata Baltica; Beethoven, Concerto pour piano 2, en si bémol majeur, opus 19, Martha Argerich et la Kremerata Baltica.

La Kremerata Baltica, en formation de chambre, propose un programme extrêmement éclectique. Démarrant très classiquement par la charmante Symphonie pour orchestre à cordes 7 en ré mineur de Mendelssohn, ils offrent une prestation au romantisme encore très classique, exécutée avec précision et sensibilité. On reste malgré tout un peu frustré, car c’est en fin de compte assez académique. Les Saisons de Tchaïkovski sont d’une toute autre veine: l’œuvre originale est revue par le compositeur contemporain Raskatov qui en fait une joyeuse pochade, utilisant les instruments classiques de diverses manières et en leur ajoutant les sonorités surprenantes d’un piano préparé, de percussions insolites, d’une trompette d’enfant, avant que l’ensemble des instrumentistes ne se mettent à chanter sous forme d’énergiques onomatopées. C’est amusant mais pas plus, sauf pour les enfants présents dans la salle qui adorent. Question d’âge, sans doute pas seulement!
La seconde partie du concert est d’une autre eau. Les Images d’Orient de Schumann, reprises et orchestrées par Hermann, sont pleines de charme: mystère et lumière sont superbement restitués par l’orchestre qui joue sur une palette de couleurs toute en nuances subtiles. Un excellent moment. Le mieux reste à venir: c’est le deuxième concerto de Beethoven interprété par la sublime Martha Argerich dont le jeu est absolument somptueux. Grâce, force et sensibilité sont au rendez-vous. La pianiste a une présence extraordinaire, les pires tousseurs parviennent à se retenir. Le temps est suspendu et c’est un temps de bonheur ineffable. La salle réserve un triomphe à la pianiste qui comble son public par un premier bis: de Scarlatti, elle propose la Sonate k141 en ré mineur, puis avec la Kremerata, elle reprend le troisième mouvement du concerto de Beethoven qu’elle venait de jouer. Encore un moment merveilleux que le public applaudit à tout rompre. Le temps n’a pas prise sur Martha Argerich qui procure tant de joies à des publics différents, sans oublier la promotion de jeunes artistes, ainsi qu’elle le fait à Lucerne entre autres. Une très grande dame.

Danielle Anex-Cabanis