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Rosamunde

Franz Schubert

Rosamunde
 
Rosamunde, Franz Schubert (1797-1828); Ileana Cotrubas, soprano, Rundfunkchor Leipzig, chef de chœur, Horst Neumann, Staatskapelle Dresden, direction, Willi Boskovsky; CD Editions Brillant Classics.

Franz Schubert a 26 ans et vient d’achever son cycle de lieder Die schöne Müllerin (La Belle Meunière» ). C’est à cette période que Josef Kupelwieser lui passe commande urgente d’une musique de scène pour Rosamunde, princesse de Chypre, pièce en quatre actes écrite par Helmina von Chézy. Ce «grand drame romantique» conte l’histoire d’une princesse (Rosamunde) dont le trône est usurpé par celui qui désire par ailleurs l’épouser (Fulgentius). Econduit, l’usurpateur adresse une missive empoisonnée à Rosamunde. Coup de théâtre, ses plans sont déjoués et la lettre empoisonnée revient dans les mains de son expéditeur… Fulgentius décède et Rosamunde retrouve son trône et épouse l’homme qu’elle aime!
L’œuvre est représentée pour la première fois au Theater an der Wien en décembre 1823. La pièce de théâtre tombe dans l’oubli après seulement deux représentations… Mais la musique de scène eut un plus grand succès et reste aujourd’hui encore l’une des œuvres populaires du compositeur, plus particulièrement celle de l’ouverture et du troisième entracte souvent joués par les grands orchestres. L’enregistrement intégral de cette œuvre est, en revanche, beaucoup plus rare et c’est une heureuse initiative de rééditer cette version, enregistrée en 1977, sous la direction de Willi Boskovsky. Parmi les intégrales, on peut citer également la très belle version qui vient d’être rééditée en octobre 2015 sous la direction de Claudio Abbado (L’intégrale des enregistrements des œuvres de Schubert par Claudio Abbado à la tête de l’orchestre de chambre d’Europe pour Deutsche Grammophon).
La musique de ce drame, écrite pour soprano, chœur et orchestre, comporte dix parties auxquelles Schubert ajoute, faute de temps, l’ouverture de son opéra Alfonso und Estrella, écrite en 1822. C’est la version «historique» retenue par cet enregistrement. Depuis la mort de Schubert, l’usage veut qu’on joue, en lieu et place, l’ouverture de Die Zauberharfe D644 (La harpe enchantée) qui vient clore ici le programme.
Les musiques de ballet et les entractes sont largement développés alors que les parties vocales le sont beaucoup moins (une romance, un chœur des esprits, un chœur des bergers, un chœur des chasseurs), mais l’unique romance est ici l’occasion de retrouver la non moins unique et merveilleuse Ileana Cotrubas qui, par sa voix chaude au legato toujours parfait, expressive et profonde, séduit immédiatement l’oreille et, plus encore, suscite une profonde émotion.
Chœur et orchestre, sous la baguette magistrale de Willi Boskovsky, livrent ici une très belle interprétation de cette partition, particulièrement le 3e entracte (moment d’incertitude quant à la survie de la Princesse!) qui atteint des sommets de transparence et de légèreté!
Un très bon moment musical!

Christophe Bernard