Utmisol

Violon solo

Patrick Cohën-Akenine

Violon solo
 
Patrick Cohën-Akenine, violon solo; Biber, Baltzar, Telemann, J-S. Bach; CD NoMadMusic 59’58’’.

Jouant un violon créé exprès pour lui par le luthier Bruno Dreux d’Orléans, Patrick Cohën-Akenine propose un programme d’une extrême richesse du fait de sa diversité. Il est conçu de manière progressive. On démarre avec la Passacaille en sol mineur de Biber, une sorte de procession musicale autour de 65 variations, marquées par des rythmes manifestement espagnols. On peut y voir un travail précurseur de Bach dans ses Chaconnes. L’interprète y met beaucoup de force de conviction.
Un Prélude et une Allemande de Baltzar, un compositeur de Bohème, suivent: ces brèves pièces illustrent bien et le talent de l’interprète et celui du compositeur, tôt disparu rattrapé par ses excès en tout genre, ne laissant qu’une œuvre réduite.
Tout autre est Telemann, un de plus prolifiques compositeurs de sa génération, qui s’est exercé à tous les genres, écrivant de nombreuses œuvres pour instrument seul. Patrick Cohën-Akenine a choisi de jouer deux Fantaisies (en fa mineur et en si bémol majeur). Il en donne une version joyeuse, chatoyante, mettant beaucoup de lui-même, ainsi que Rousseau le souhaitait, dans son Dictionnaire de la musique, lorsqu’il disait qu’une fantaisie ne l’était qu’une fois, devenant une œuvre «ordinaire» lorsqu’elle était fixée et rejouée à l’identique. C’est très brillant, avec un souffle d’italianité.
La dernière pièce est la célèbre deuxième Partita en ré mineur de Bach, celle qui se termine par la splendide grande Chaconne dont on dit souvent qu’elle est l’achèvement de la démarche créatrice du Cantor dans ses compositions pour violon. L’interprétation est superbe du début à la fin de la Partita, tant le violon est chantant, sans affectation pourtant, mais avec une grande sobriété qui laisse à l’œuvre toute sa pureté d’origine.
Cet enregistrement était un pari qui n’était pas gagné d’avance mais qui se révèle sans aucun doute une très belle réussite, tant dans le choix des œuvres que dans leur interprétation.

Danielle Anex-Cabanis