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Maria Stuarda

Gran Teatre del Liceu

> 10 janvier

Maria Stuarda
Photos Gran Teatre del Liceu (liceubarcelona.cat) 
Maria Stuarda
Photos Gran Teatre del Liceu (liceubarcelona.cat) 
Opéra en deux actes, Maria Stuarda a été créée en 1834 à Naples, où le compositeur est confronté à la censure – on n’aime pas y voir mourir une reine, puis repris à la Scala en 1835 avec la Malibran dans le rôle-titre. On peut relever que Donizetti met également en scène Elisabeth 1ère dans Elisabetta al castello di Kenilworth (1829) et Roberto Devereux (1837).
Les deux reines s’affrontent pour le pouvoir, chacune pouvant invoquer une certaine légitimité, mais ce qui est au cœur de l’opéra de Donizetti est leur amour déçu pour Elisabeth, payé de retour pour Maria pour le comte de Leicester. La jalousie amoureuse est vraiment au cœur du drame qui s’achève par l’exécution de Marie-Stuart, alors âgée de 43 ans. Le Liceu offre une production de grande qualité, il s’agit de celle de Covent Garden, dans laquelle rayonne littéralement Joyce di Donato qui exprime admirablement le mépris, lorsqu’elle traite Elisabeth de bâtarde, l’amour qu’elle partage avec Leicester mais aussi une spiritualité exceptionnelle lorsque, après s’être confessée, elle entonne son dernier grand air, avant de monter sur l’échafaud.
Les autres protagonistes sont à sa hauteur, qu’il s’agisse de Silvia Tro Santafé en Elisabeth, dont la violence hautaine alterne avec la faiblesse personnelle dans son dépit amoureux, ou de Michele Pertusi, extraordinaire Talbot, ainsi que Javier Camarena, un comte Leicester plein de passion, avec une petite réserve: sa belle voix n’est pas en accord avec un physique de rond de cuir, un peu ridicule dans la scène ou Elisabeth en furie veut le déshabiller et où il apparaît en marcel… Le sourire qui vient sur les lèvres n’est pas vraiment approprié!
La mise en scène est sobre: seules les deux reines sont en costume d’époque; une robe somptueuse pour Elisabeth, selon un de ses célèbres portraits, tandis que Marie Stuart revêt une robe bleue plus sobre, qu’elle ne manque pas d’enfiler pour affronter sa cousine, puis pour aller à l’échafaud. On la lui enlève alors brutalement avant de lui couper les cheveux et de l’exécuter. Le décor est sobre, avec l’astuce désormais classique de la scène dans la scène pour l’exécution. Le chœur, comme les héros masculins sont en tenue moderne, sans doute pour les «détemporaliser». Est-ce vraiment important? Sans doute pas, compte tenu de la force des cinq protagonistes.
Bref, une très belle soirée!

Danielle Anex-Cabanis