Utmisol

Une mandoline
sur le campanile

ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE

Halle aux Grains

> 14 novembre

Une mandoline<br>sur le campanile
Photos Jean-Baptiste Millot et Thierry Tibolla 
Une mandoline<br>sur le campanile
Photos Jean-Baptiste Millot et Thierry Tibolla 
Une mandoline<br>sur le campanile
Photos Jean-Baptiste Millot et Thierry Tibolla 
Julien Martineau, mandoline
David Bismuth, piano
Rinaldo Alessandrini, direction

Aprés le concert de ce soir, le public de la Halle aux Grains sortira impressionné par les possibilités et le rayonnement d’un instrument soliste rare sur la scène: la mandoline.
Il est vrai que cet instrument est ici aux mains d’un virtuose éblouissant: Julien Martineau.
Ce dernier se produit dans deux concerti d’Antonio Vivaldi. Le RV 425 et le RV 93 (à l’origine pour luth et cordes). Dans ces deux œuvres dignes des plus belles de son auteur, il montre une assurance transcendante alliée à une sonorité claire et transparente qui magnifient les élans baroques et la poésie mélancolique de la musique du maître vénitien. L’Orchestre National du Capitole de Toulouse réduit à quelques cordes est dirigé du clavecin par Rinaldo Alessandrini. Ce dernier, fondateur de l’ensemble Il Concerto Italiano, qui revient pour la troisième fois à la Halle aux Grains, grand spécialiste de cette musique, sait en exalter et la légèreté et le brio et la vitalité rythmique. Ainsi soutenu, ce magnifique soliste n’a plus qu’à affirmer son éxubérante grâce. Trés applaudi, il offre à son auditoire un Prélude pour mandoline seule de Raffaele Calace
(1863-1934) où sa démoniaque virtuosité éclate encore.
Comme son ami Gian Francesco Malipiero, Alfredo Casella (1883-1947) fait partie de la Generazione dell’ottante qui a révolutionné la musique instrumentale italienne. Sa suite pour piano et petit orchestre Scarlattiana (1926) se veut un hommage en forme de pasticcio à la musique de Domenico Scarlatti. En cinq mouvements, elle cite abondamment la musique de ce dernier et s’inscrit nettement dans le courant musical néo-classique ou plus précisément néo-baroque qui faisait fureur à cette époque. Gouailleur et survolté l’Orchestre du Capitole y fait admirer la virtuosité de ses bois. Le piano soliste aux mains d’un David Bismuth déchaîné y répend la même verve. Rinaldo Alessandrini, docte maître à penser du baroquisme, sait canaliser tous ces enthousiasmes. En bis, Julien Martineau rejoint alors David Bismuth pour quelques variations pour mandoline et piano dues à la plume éprouvée, mais inédite dans ce répertoire, de Ludwig van Beethoven. Une révélation!
Aprés l’entracte, Rinaldo Alessandrini éclaire de son humeur printanière la cinquième symphonie de Franz Schubert composée à l’âge de 19 ans. Il arrive avec beaucoup de science à faire fusionner dans sa vision la gravité et la légèreté de cette page. Trés rythmée, loin de tout tourment, parfois hâtive mais toujours bien dosée, d’une énergie inassouvie, elle magnifie la verdeur, la délicatesse et la joie de vivre de ce chef d’œuvre. Sans ciller, l’orchestre d’une belle homogénéité, participe à cette vision qui ne peut que ravir le public.

Jean-Félix Marquette