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Un Don Carlo émouvant

Un Don Carlo émouvant
Rolando Villazon 
Verdi: Don Carlo
Royal Opera House London
Rolando Villazon
Antonio Pappano


Cette production du Royal Opera House du chef d’œuvre de Verdi, est d’une grande homogénéité et méritait absolument une captation vidéo, au demeurant habile. Aucune faute de goût côté décors et costumes, sans audace de transposition. L’Espagne austère de Philippe II qui brise les âmes est bien présente. Le jeu scénique est sobre et les acteurs sont expressifs et souvent beaux. C’est Rolando Villazon qui domine l’affiche avec son timbre solaire et son aisance scénique. Avec la franchise de son engagement il est un Carlo crédible en sa démesure non assumée et ses élans toujours brisés. Marina Poplavskaya est une Elisabetta aussi belle que bien chantante avec une longue et homogène voix de soprano lyrico-spinto. Son Elisabetta tient tête au père et au fils avec courage et détermination. Ferrucio Furnaletto incarne un Philippe II humain et sonore, presque trop sanguin. Son face à face avec l’Inquisiteur d’Eric Halfvarson le laisse vocalement vainqueur par KO mais la force de cette page permet de faire trembler tant l’Inquisiteur est un rôle fort qui résiste à une voix sourde et fatiguée. Simon Keenlyside, Rodrigo, a un physique austère et beau et surtout un engagement généreux fébrile, personnage visionnaire, audacieux face au Roi, amoureux de son prince au point de se sacrifier pour lui avec naturel. La voix n’est pas italienne et pourtant l’acteur emporte notre sympathie par ses emportements. Son incarnation frêle et forte à la fois restera dans la mémoire au-delà de la simple voix, en tout cas conduite en parfait musicien. Seule l’Eboli de Sonia Ganassi est un peu pâle car peu originale en une conception tout d’une pièce dans le pathos, la voix se révélant sans couleurs ni chaleur. La direction d’Antonio Pappano retrouve le parfait équilibrage entre théâtralité, drame et caractère symphonique si subtilement dosé par Verdi. Notons que cet opéra, Don Carlo, est particulièrement bien servi au DVD, dans cette version en cinq actes de 1886 en Italien. Ce qui est également le cas pour le Don Carlos dans la version française, datant de 1867 toujours en 5 Actes présentée au Châtelet de manière encore plus complète. Cet autre DVD comporte une équipe merveilleuse avec Roberto Alagna crevant l’écran, dominant lui aussi une distribution sans faiblesse. Antonio Pappano d’ailleurs était aussi à la baguette. . . Il est donc le spécialiste de l’ouvrage sur DVD.

Hubert Stoecklin

1 DVD EMI