Utmisol

Les paysages de Grieg et le tombeau de Wagner

ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE

Halle aux Grains

> 11 janvier

 Les paysages de Grieg et le tombeau de Wagner
Photo Kathia Buniatishvili : Julia Wesely. Photo Tugan Sokhiev : Marco Borggreve. 
 Les paysages de Grieg et le tombeau de Wagner
Photo Kathia Buniatishvili : Julia Wesely. Photo Tugan Sokhiev : Marco Borggreve. 
Tugan Sokhiev, direction
Kathia Buniatishvili, piano

Lorsque Khatia Buniatishvili, élégamment ceinte dans une magnifique robe rouge lamée, s’avance sur la scène de la Halle aux Grains le public retient son souffle. Puis, lorsque éclate le majestueux thème ouvrant le concerto pour piano d’Edvard Grieg, il ne peut que s’enthousiasmer pour son jeu stupéfiant alliant fougue irrésolue, profondeur poétique et vision épique. Alternant alanguissements quasi érotiques et débordements exaltés, elle magnifie l’inspiration romantique de cette œuvre jaillisante.
L’accompagnement de Tugan Sokhiev et de son orchestre, au mieux de sa forme, ne manifeste que le plaisir brut de faire entendre cette musique dans sa plus troublante évidence. Conquis, le public arrache deux bis à cette splendide soliste: Grieg encore puis Prokofiev…
Avant l’explosion concertante, Tugan Sokhiev mit son auditoire (étendu si l’on compte les diffusions simultanées sur Radio Classique et Arte Live Web) en condition par trois extraits de la première suite d’orchestre de Peer Gynt, musique de scène pour la pièce homonyme de Henrik Ibsen. Là encore, lyrisme et raffinement harmonique triomphent grâce à cette baguette d’où mille couleurs semblent toujours jaillir.
Après l’entr’acte, d’un tout autre climat et d’un tout autre univers, retentit l’immense septième symphonie d’Anton Bruckner. Ecrite à la mémoire de Richard Wagner que son auteur vénérait, elle se déploie, notamment dans le sombre adagio où s’épanchent les beaux tuben wagnériens, telle une cathédrale de granit. Ici, Tugan Sokhiev montre une âpreté et une tension rares qui gagneraient parfois d’une plus grande fluidité. Il n’en reste pas moins que cette vision heureusement plus contemplative que statique démontre une compréhension intime de cet univers d’autant que la plasticité et la cohésion de son orchestre restent entières.

Jean-Félix Marquette