Utmisol

Macbeth

Staatsoper Munich

> 17 mai

Macbeth
 
Dans une version qui depuis 2009 figure au répertoire du Staatsoper de Munich, Macbeth est ici l’expression d’une analyse très poussée qui rejoint la vision de Verdi lorsqu’il se focalisait sur Lady Macbeth, dont il attendait qu’elle hurle ses monstrueux projets comme elle devait exprimer sa folie croissante. Tout est construit autour d’une quête paranoïaque de pouvoir, auquel on sacrifie tout. L’atmosphère doit être oppressante, le spectateur doit se sentir pris à la gorge, tétanisé d’horreur jusqu’au moment où les criminels sont rattrapés par leur crime lorsque la forêt se met en marche. La mise en scène de Martin Kusek, qui avait signé à Bastille celle Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovich, joue à fond sur les symboles et les images chocs. Un décor minimaliste pour être hors du temps, des costumes qui vont du moyen âge au XXème siècle, en même temps la recherche d’effets de groupes impressionnants! Ce sont de véritables tableaux qui évoquent Jérôme Bosch ou Breughel l’Ancien ou encore Lucas Cranach. Le metteur en scène joue sur les effets chocs, on mime le fait d’uriner ensemble en vue du brouet des sorcières; torturées, pendues par les pieds, les victimes des Macbeth, en partie quasiment nues, offrent un spectacle brutal, mais évidemment évocateur. Les soldats grimés en arbres pour symboliser la forêt sont saisissants. Bref, c’est un parti pris, qui peut choquer ou simplement déplaire, j’ai pour ma part apprécié. Du point de vue musical, le chef a fait un choix qui vise à donner une place écrasante à Lady Macbeth, elle hurle, elle sait ce qu’elle veut et méprise son hésitant mari, qui a des sursauts de remords exprimés de manière sublime. Le chanteur exprime avec subtilité les velléités, les certitudes, les regrets. Les duos de ce couple infernal sont impressionnants. Les autres personnages sont ciselés; le public ne s’y trompe pas et applaudit avec enthousiasme Duncan, Malcolm, Macduff, victimes ou vengeurs, dont les voix sont splendides. Wookyung Kim, que les Toulousains avaient ovationné en Titus, est un Macduff sublime, qui recueille un fort assentiment du public.


Danielle Anex-Cabanis.