Utmisol

Bejun Mehta

Akademie für alte Musik Berlin, dir. Bernhard Forck

Théâtre du Capitole

> 4 février

Bejun Mehta
Photo Bejun Mehta : Marco Borggreve.  
Bejun Mehta
Photo Bejun Mehta : Marco Borggreve.  
On dit que les absents ont toujours tort, cela s’est vérifié lundi soir lors du récital de Bejun Mehta qui n’a pas fait le plein. C’est dommage car le contreténor américain a offert un récital très intéressant, original dans sa composition et très vivant en raison des qualités scéniques s’ajoutant à celles de la voix. La première partie du concert est pour Mozart: la symphonie 26 en mi bémol majeur, KV 184, met en condition pour apprécier successivement deux airs d’Ascano in Alba, qui précèdent deux intermèdes tirés de Thamos, roi d’Egypte. Ce sont ensuite le récitatif Vadasi et l’air Già dagli occhi tirés de Mitridate, re di Ponto avant de retrouver Ascano, dans Ah, di si nobil alma. Après l’entracte, la symphonie en ré majeur, op 18/4, de Jean Christian Bach, ouvre triomphalement la séquence. Elle est suivie par deux extraits d’Ezio de Glück, Pensa a sebarmi et Se il fulmine sospendi, avant une ouverture d’un même Ezio, fondé aussi sur le livret de Metastase, mais Johann Adolph Hasse, que l’on redécouvre actuellement. Le plus spectaculaire restait pour la fin avec de Jean Christian Bach deux extraits d’Artaserse, Non que non ha la sorte et Vo solcando un mar crudele. L’orchestre que l’on connaît bien grâce à de nombreux CD est excellent: les musiciens qui jouent debout sont à la fois rigoureux, précis et très sensibles. La superposition des hautbois et des violons entre autres est remarquable.
Le programme du chanteur est construit comme une progression initiatique de son talent qu’il a grand: il est vivant, a une grande amplitude de voix et un jeu d’acteur qui même en complet veston lui permet d’animer ses personnages, donc une belle prouesse. Sans bouder le plaisir de cette belle soirée, je terminerai néanmoins sur une réserve: c’est un feu d’artifice, mais je n’ai pas ressenti l’émotion que suscite Philippe Jaroussky sur les mêmes airs, notamment ceux de Jean Christian Bach. D’un côté on a une splendide démonstration de virtuosité, tandis que de l’autre la prouesse semble naturelle, mais en prime il y a un supplément d’âme, on est à l’étage au-dessus.

Danielle Anex-Cabanis