Utmisol

Albert Herring

Benjamin Britten

Théâtre du Capitole

> 25 janvier

Albert Herring
Photos Patrice Nin 
Albert Herring
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Albert Herring
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Albert Herring
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Albert Herring
Photos Patrice Nin 
Albert Herring
Photos Patrice Nin 
Inspiré de la nouvelle de Maupassant, Le rosier de Madame Husson, et adapté par Eric Crozier, l’argument de l’opéra de Britten, qui l’écrit à 37 ans, est une délicieuse comédie qui de manière plus ou moins grinçante touche à quelques vraies questions.
Au moment de choisir la reine de mai, la jeune fille la plus vertueuse du village, les notables de Loxford ne peuvent trouver de jeunes filles répondant à leurs critères et optent pour un garçon, Albert Herring, qui vit et travaille avec sa mère dans leur épicerie. Il est un peu simplet et surtout dans les jupons de sa terrible mère. Au moment de la fête, un jeune couple facétieux verse de l’alcool dans son verre pour le décoincer et tout va déraper. Albert arrive tout de blanc vêtu, avec une couronne de strass, reçoit ses prix et subit des discours grotesques. Incapable de prononcer quelques mots de remerciement, lorsque sa mère l’envoie se coucher, il fait le mur et la bamboche. On le cherche partout, on le croit mort, lorsqu’il réapparaît et confesse avoir «claqué» près de la moitié de son argent en alcool et filles et déclare ne rien regretter…
Sont en quelque sorte tournés en bourriques les bien-pensants, les dames patronnesses, les mères abusives, les enseignants qui se font leurs scénarios, bref la bêtise et la méchanceté.
Sous la direction de David Syrus, l’orchestre et le chœur du Capitole font littéralement merveille, la musique, souvent parodique, de Britten explose joyeusement. Coproduction de l’Opéra de Rouen Haute Normandie et de l’Opéra Comique, Albert Herring est mis en scène par Richard Brunel, qui joue habilement avec un décor tournant qui en jouant entre symbole et réalisme campe bien chaque épisode. Les personnages en tenue années 70 sont déjà porteurs de veine comique que vient consolider un jeu bien maîtrisé au service de voix excellentes pour les rôles. Tamara Wilson est une Lady Billows hilarante dans des tenues exubérantes, contrastant avec son moralisme étriqué, encouragé par son entourage, sa servante Florence (Susan Bickley) et les notables et l’institutrice, pitoyable femme entre deux âges qui rêve d’être quelqu’un de reconnu, prépare les compliments des enfants et présente le sien, évidemment ridicule. Elle est bien incarnée par Ana James, très drôle. Le jeune couple facétieux, Sid (Craig Verm) et Nancy (Daniela Mack) sont parfaits. Sid se la joue et nous fait rire avec ses conseils de drague. Quant à Sam Furness, il est un Albert Herring plus vrai que nature, ses mimiques projetées sur écran pendant la cérémonie et le banquet de gala, comme s’il s’agissait d’un reportage en direct sur l’événement sont très drôle et il a une très jolie voix, bien adaptée au rôle. Cerise sur le gâteau, madame mère, Anne-Marie Owens, est plus vraie que nature en femme castratrice et méchante.
Albert, c’est finalement un Tanguy qui s’en sortirait tout seul après avoir touché le fond grâce à un coup dans le nez qui le libère et lui permet de se débarrasser de ses entraves. Ce n’est sûrement pas moral, mais qu’a-t-on à en faire et que c’est bien vu, bien présenté, bien chanté, bref une très bonne soirée qui recueille les applaudissements enthousiastes d’un public un peu plus anglophone que d’habitude!

Danielle Anex-Cabanis