Utmisol

La Messe de couronnement d’un Doge à Venise

Giovanni Gabrieli

Cathédrale Saint Etienne

> 9 mai

La Messe de couronnement d’un Doge à Venise
Photos Gérad Dupuy 
Après le Te Deum de Gilles le 2 mai, les voûtes de la nef de Saint Etienne ont magnifiquement résonné des sonorités extraordinairement subtiles de cette très belle messe de Gabrieli. Le modèle de la messe médiévale est encore proche, d’où une place importante pour le plain-chant, mais en même temps pour la gloire de la Sérénissime rien n’est trop beau et cela encourage toutes les audaces, d’autant que dans la Basilique Saint Marc, on joue avec l’espace et on bénéficie ainsi de plusieurs sources musicales et on peut produire des effets spectaculaires. C’est voulu par les architectes comme maint bâtiment l’illustrent, tel le Dom de Passau qui a 5 orgues et une arrivée de son au milieu de sa voûte principale.
Saint Etienne ne le permet pas naturellement et toute l’habileté de Jean-Pierre Canihac tient à placer le plain chant (Gaudeamus, Ave Maria Stella et l’Agnus Dei) derrière les auditeurs et à faire jouer la grande Toccata de 2e tono au Grand Orgue. Les chanteurs comme les instrumentistes se déplacent également sur l’estrade, bref les mêmes ne sont plus les mêmes. On est littéralement enveloppé de musique et il faut bien le dire complètement pris. La qualité des voix comme les fabuleuses sonorités si bien maîtrisées des Sacqueboutiers sont ici au service d’une œuvre intéressante et riche qui, pour la musique sacrée, comme celle de Monteverdi pour l’opéra du XVIIIè, préfigure les Buxtehude et Bach, qui la découvriront grâce à Heinrich Schütz.
On ne peut que se féliciter de la collaboration des différents ensembles associés pour cette soirée et le développement du registre du Chœur du Capitole vers le chant sacré se révèle fort intéressant. Le public ne s’y trompe pas et après les quelques secondes de silence qui suivent une exécution magistrale on applaudit à tout rompre, ce que les musiciens veulent bien récompenser en offrant le Jubilate Deo en bis. Pourvou que ça doure! aurait dit Laetitia Bonaparte…

Danielle Anex Cabanis