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Air à 4 parties…

… Du Sieur Dassoucy

Air à 4 parties…
 
Airs à 4 parties du Sieur Dassoucy, Faenza, direction Marco Horvat. CD Hortus 66’35

«Cet auteur a quelque génie,
Ses airs me semblent assez doux.
Beaux esprits, mais un peu jaloux,
Divins enfants de l’harmonie,
Ne vous mettez en courroux:
Apollon aussi bien que vous
Ne les peut ouïr sans envie. »


Ce septain signé Corneille dit son admiration confraternelle pour un poète et musicien singulier, Charles Coypeau Dassoucy (1605-1677), dont la vie tient du roman. Ami de Scarron et de Molière, amant de Cyrano de Bergerac, luthiste et compositeur de cour, maître de musique du futur Louis XIV, emprisonné maintes fois pour grivèlerie, dettes de jeu, propos injurieux et sodomie, auteur de récits autobiographiques, il compose une œuvre poétique et musicale, estimée de son temps, aujourd’hui quasi disparue. Les Airs à quatre parties (1653) ici enregistrées constituent une première mondiale, puisque on a pu retrouver et reconstituer la totalité de la partition longtemps tronquée. S’il n’est pas nécessaire, comme le rappelle l’excellent livret de présentation riche de nombreuses informations sur le personnage, de connaitre la biographie d’un artiste pour en apprécier l’œuvre, l’auditeur peut prendre à l’écoute de ces pièces un plaisir supplémentaire en constatant l’écart entre la truculence et les provocations du Sieur Dassoucy et la distinction, la subtilité et l’élégance de ces airs galants ou élégiaques. Marco Horvat et tous les autres musiciens de l’ensemble Faenza qui les raniment chantent et jouent d’un instrument, théorbe, guitare baroque, flute ou violon, basse de viole ou lirone (lira da gamba). Ce parti-pris confère à l’ensemble du disque cette harmonieuse polyphonie, si sensible à l’écoute. Les choix musicaux d’instrumentalisation et d’interprétation répondent à un seul objectif: restituer la fraicheur et la finesse d’une partition qui doit résonner avec des couleurs retrouvées, comme pour les restaurations picturales. La restitution de la prononciation du XVIIe siècle n’est pas le moindre charme de ces mélodies françaises qui font renaitre une époque disparue, une culture littéraire et sentimentale où l’amant évoque en vers comptés les attraits gracieux, la rigueur cruelle, le cœur insensible, l’ardeur qui va [le] consumant, la trop volage bergère, les peines d’amour et l’appel à la Mort. Les instruments et les voix ne transforment jamais ces plaintes et ces vœux en larmoyantes confessions, laissant à la pudeur et à l’artifice d’une conversation galante leur juste place. Peut-être regrettera-t-on l’uniformité excessive des registres et des rythmes, sans le feu, la flamme, l’élan qui semblaient animer le Sieur Dassoucy. De belles pièces pour luth de Charles Dufaut et d’Ennemond Gautier, ou d’Etienne Molinié pour violes, de Charles Hurel pour théorbe, contemporains de notre compositeur, nourrissent l’enregistrement sans en altérer la cohérence.
Aragon dans Les Poètes en 1960 déplorait que les candidats au baccalauréat littéraire ignorassent tout de l’œuvre de Dassoucy. Du moins désormais grâce à cet enregistrement bienvenu les mélomanes curieux auront-ils le plaisir d’écouter une faible part de son œuvre musicale chaleureusement ressuscitée.

Jean Jordy


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