Utmisol

Simon Boccanegra

Opéra Berlioz Montpellier

> 16 juin

Simon Boccanegra
 
Après une première version présentée en 1856 sans rencontrer un grand succès, Verdi reprend son opéra avec un nouveau librettiste, Arrigo Boito, qui lui écrira aussi les livrets d’Otello et de Falstaff. Simon II est un triomphe en 1881 et suscite toujours beaucoup d’intérêt. S’y superposent une affaire politique, les violents conflits entre Guelfes (aristocrates) et Gibelins (Classes populaires), dans la Gênes du XIVe siècle et une rocambolesque histoire personnelle.
Complots, vengeances, retrouvailles, amour et mort, tous les ingrédients d’un opéra sont réunis et magistralement mis en musique par Verdi et servis par de fort bons musiciens à Montpellier, qu’il s’agisse de l’orchestre et du chœur, comme des solistes. Giovanni Meoni est un Simon très convaincant, surtout à partir du deuxième acte, tandis que Myrto Papatanasiu incarne une Amelia émouvante, sans tomber dans la mièvrerie dans laquelle se complaisent parfois certaines chanteuses, la figurant comme une petite sotte fleur bleue. Soulignons les belles prestations de Vincenzo Costanzo, excellent Adorno, de Jean Teitgen, magistral Jacopo Fiesco ou encore Leon Kim, très bon en Paolo Albiani tandis que Paolo Battaglia est un parfait Pietro. Bref, une musique somptueuse interprétée par des musiciens tout à fait à la hauteur, voire mieux.
Reste la mise en scène: l’idée de mélanger les époques aussi bien pour les costumes que les décors est astucieuse et permet de mettre l’accent de manière originale sur tel aspect que le metteur en scène veut privilégier, ce qui n’exclut pas des moments de franche drôlerie, lorsque les protagonistes se téléphonent. Tout cela est fort bienvenu. En revanche, quelque, lecture politique que l’on veuille donner à l’œuvre, Verdi lui-même laissait des portes ouvertes, Amelia en vierge saint-sulpicienne avec une évocation de la Cène de Vinci, Paolo incarnant Judas avant de se maudire lui-même, c’est juste ridicule. Ce n’est ni drôle ni approprié pas plus que faire mourir Simon devant un reliquaire et des chandeliers qui orneraient aussi bien un autel qu’une table de festin. Rien de tout cela n’est choquant, mais semble une façon de faire le malin. Le reste du spectacle a suffisamment de qualités pour que le metteur en scène n’ait pas besoin de recourir à ce genre de pitreries inutiles. A voir et à écouter surtout sans aucun doute.

Danielle Anex-Cabanis