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Symphonies de Weinberg

Mirga Gražinytè-Tyla et Gidon Kremer

Symphonies de Weinberg
 
Weinberg: Symphonies 2 et 21. Mirga Gražinytè-Tyla. Gidon Kremer, City of Birmingham Symphony Orchestra. Kremerata Baltica. 2 CD Deutsche Grammophon.

La jeune cheffe lituanienne Mirga Gražinytè-Tyla vient de signer un contrat d’enregistrement chez la prestigieuse Deutsche Grammophon. Pour son premier disque elle se confronte au compositeur russo-polonais Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) en nous donnant deux de ses symphonies: la deuxième et la vingt-et-unième. La deuxième est composée pour un orchestre à cordes et date de 1946 mais ne fut créée qu’en 1964 par Kurt Sanderling à qui elle fut dédiée. En trois mouvements, elle affiche un néo-classicisme assez sombre mais très mélodique. Mirga Gražinytè-Tyla à la tête de la Kremerata Baltica en dégage la transparence diaphane et en majore l’intense émotion qui l’imprègne rappelant l’époque troublée qui l’a vu naître. Les cordes de la Kremerata Baltica, soyeuses et homogènes, lui répondent en s’inscrivant tout le long dans la même ligne dramatique. La vingt-et-unième, sous-titrée «Kaddish», pour grand orchestre, violon solo et soprano date de 1991 et comporte six mouvements. C’est la dernière que le compositeur a achevé lui même, la vingt-deuxième et dernière, inachevée, fut orchestrée en 2003 par Kirill Umansky. Cette vingt-et-unième donc est dédiée aux victimes du ghetto de Varsovie où les parents et la sœur de Mieczyslaw Weinberg périrent. Son sous-titre se rapporte à la prière des morts juive. Mahlérienne (Gidon Kremer parle même d’elle comme de la onzième symphonie du maître autrichien) , dramatique, structurée par les interventions du violon solo tel un ange de la mort, elle fait appel dans son dernier mouvement à une voix de soprano et met en valeur également une clarinette, un piano et une contre-basse solistes influencés par la musique Klezmer. Mirga Gražinytè-Tyla à la tête des forces conjuguées du City of Birmingham Symphony Orchestra et de la Kremerata Baltica en délivre le visage le plus authentique, le plus humain. Elle assure également la partie de soprano d’une voix angélique sans le moindre vibrato. Gidon Kremer réalise les parties de violon solo avec sa maestria habituelle. Ainsi, tout ici est réuni pour donner à ce chef-d’œuvre sa plus grande audience. Gageons que le temps de Mieczyslaw Weinberg soit enfin arrivé.

Jean-Félix Marquette