Utmisol

Budapest Festival Orchestra

Grands Interprètes

Halle aux Grains

> 20 mai

Budapest Festival Orchestra
Photographie par BFO 
Budapest Festival Orchestra
Ivan Fischer, direction
Emanuel Ax, piano


Ivan Fischer et son orchestre ont offert une soirée lumineuse aux auditeurs ravis de la Halle aux Grains. Les qualités qu’on apprécie à chaque passage du chef hongrois sont bien présentes dans un programme fort agréable. Les deux ouvertures de Rossini, «La Pie voleuse» et «L’Italienne à Alger» sont deux excellents moments. Une direction très précise avec une mise en valeur remarquable de tous les instruments assurent à ces deux «tubes» de Rossini une fraîcheur qui les renouvelle efficacement.
Composé pour une élève, Maria Anna Barbara Ployer, dont il ne pensait pas grand bien d’après sa correspondance, «le concerto pour piano et orchestre 17 en sol majeur, K. 453», de Mozart est une œuvre très riche. On est à la fois en plein classicisme et déjà on peut pressentir l’évolution vers le romantisme, déjà amorcée par la littérature dans le cadre du «Sturm und Drang». Mozart joue habilement des paires d’instruments, avec une attention particulière au jeu commun du piano et d’un des bassons. Les deux instrumentistes sont manifestement très complices et échangent force clins d’œil et sourires. Le premier mouvement est plein de ressources, Mozart joue avec les tonalités en virtuose, ce qui permet au pianiste de montrer de nombreuses facettes de son talent que le public applaudira avec enthousiasme. L’Andante est en revanche tout en retenue, tandis que le Final est étourdissant au travers d’une succession de variations dans lesquelles le pianiste semble s’épanouir sans retenue. Longuement applaudi, Emanuel Ax propose en bis la «Valse oubliée» de Franz Liszt.
L’orchestre donne ensuite la «Quatrième Symphonie en ut mineur, D. 417 dite Tragique» de Franz Schubert, dont le compositeur ne connaît pas d’exécution publique de son vivant, elle ne sera jouée publiquement que le 19 novembre 1849 à Leipzig pour ne connaître une édition définitive qu’en 1884 sous le contrôle de Johannes Brahms. Schubert a tracé son propre chemin entre les deux figures tutélaires qu’il admirait, Mozart et Beethoven. Schubert y montre sa maîtrise de l’orchestration. Le premier mouvement est bien tragique, on la rapproche volontiers des «Créatures de Prométhée» de Beethoven, on peut aussi y trouver quelques réminiscences du «Requiem» de Mozart. L’Andante joue sur l’alternance des modes majeur et mineur, tandis que le Menuetto est plus léger, avant l’embrasement de l’Allegro final. Salués par des applaudissements nourris, Ivan Fischer et son orchestre offrent encore un magnifique bis: La «Danse hongroise 1» de Johannes Brahms. Avec les deux bis de la soirée, la Hongrie est vraiment à l’honneur.

Danielle Anex-Cabanis