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Max Reger

L'intégrale de l’œuvre pour orgue

Max Reger
 
Max Reger: Intégrale de l’œuvre pour orgue, vol. V. Jean-Baptiste Dupont. 2 CD Hortus 2018, 66’34’’et 69’34’’

Le toulousain Jean-Baptiste Dupont, aujourd’hui titulaire de l’orgue de la cathédrale de Bordeaux a entrepris l’enregistrement de l’ensemble de la musique pour orgue de Max Reger, en cherchant des orgues aux qualités techniques proches de celles du temps de la composition pendant la courte vie du compositeur (1873-1916).
Ce coffret permet de découvrir les deux sonates pour orgue (op. 33 et 60), les cinq préludes et fugue d’exécution facile, op. 56 et les cinquante-deux chorals, op. 67. Assez peu connue en France, cette œuvre de Reger peut parfois déconcerter par sa germanité et sa destination très luthérienne. Elle est pourtant d’une incroyable richesse, tant Max Reger a su combiner la grande tradition allemande de l’orgue et ne dissimule pas l’influence de Jean-Sébastien Bach avec des innovations audacieuses, souvent révélatrices d’un tempérament tourmenté qui tranche avec la sérénité du cantor de Leipzig. C’est particulièrement vrai dans la seconde sonate, avec son célèbre deuxième mouvement, Invocation, qui est littéralement un appel au Christ. Il s’agit là d’une pièce très prisée par les organistes allemands qui l’ont incluse dans maint programme de concert. Grand admirateur de Debussy, qu’il fit découvrir en Allemagne en dirigeant souvent ses œuvres, il en subit l’influence très nette, notamment dans le 3e mouvement de cette même seconde sonate.
Les cinq préludes et fugues, pas toujours si faciles à interpréter, bien que globalement accessibles, sont eux aussi très riches et à l’instar de leur interprète, nous soulignerons la radieuse beauté du troisième, absolument lumineux. Enfin les cinquante-deux chorals sont une bonne illustration de cette musique conçue pour que les fidèles puissent la reprendre en chœur à l’occasion du culte. Bach, Buxtehude, entre autres, ne faisaient pas autre chose lorsqu’ils composaient leurs chorals, qu’ils soient autonomes ou partie d’une grande œuvre, comme ceux des Passions, repris encore aujourd’hui lors d’interprétation dans une église.
Les orgues choisis sont celui de l’église paroissiale de Landau dans le Palatinat, un Steinmeyer de 1917, revu en 2012, celui de l’église paroissiale de Pössneck, un Kreutzbach de 1896, restauré en 1926 et 2016, et enfin l’orgue de la Pauluskirche à Ulm, un Link de 2010, restauré par Gaida en 2016. On n’est ni dans les grands buffets romantiques ni dans les orgues baroques et cette recherche d’adéquation entre la musique et les instruments pour lesquels elle a été composée est extrêmement intéressante.
Une étape utile et passionnante dans un projet au long cours.

Danielle Anex-Cabanis