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Debussy, Fauré, Ravel

T. Samouil, violon, D. Lively, piano

Debussy, Fauré, Ravel
 
Tatiana Samouil, violon, David Lively, piano. Sonates pour violon et piano de Ravel, Fauré, Debussy. Après un rêve de Fauré, Clair de Lune de Debussy, Tzigane de Ravel, Méditation de Thaïs de Massenet. CD Indésens! 80’06.

Tatiana Samouil au violon et David Lively au piano associent trois sonates de Debussy, Fauré et Ravel, qu’assortissent trois œuvres ou arrangements des mêmes, et plus curieusement la Méditation de Thaïs. Nous ne reviendrons pas sur la Sonate en sol mineur de Debussy dont nous avons chroniqué l’enregistrement (mêmes interprètes, même label) il y a quelques mois, en rendant compte de l’album Claude Debussy, Sonates, Danses et Rapsodies: elle en était le fleuron. Voir cet article. L’impression que laisse cet album est celle d’un trop plein Les trois sonates pour piano et violon ne suffisaient-elles pas? S’imposait-il d’y ajouter l’Après un rêve fauréen et le Clair de lune debussyste arrangés pour nos deux instruments, ou Tzigane de Ravel? Quant à Massenet, réduit aux deux voix, nourrit-il vraiment l’auditeur? Souvent le mieux et l’ennemi du bien. S’il s’agit d’établir un lien entre les trois, les quatre? compositeurs, que le concept du disque l’affirme hautement sans gonfler la durée d’écoute. Si l’objectif est d’allonger la carte de visite musicale des interprètes, qu’on évite les prolongements hasardeux. Et nul ne peut croire que le titre sur la pochette Clair de lune puisse englober les œuvres élues. Mais ne nous laissons pas gagner par l’étonnement irrité et rendons compte d’une interprétation plus rigoureuse que la profusion approximative de son programme.
Dernière œuvre de musique de chambre du compositeur, la Sonate en sol majeur pour violon et piano (1927) a été créée par Ravel lui-même et Enesco. L’allegretto initial exerce un charme immédiat: les instrumentistes, violon virevoltant et piano sur la pointe des doigts, cernent avec distinction sa substance éthérée. Le Blues central évoque autant le jazz américain (rythmes syncopés, sons de banjo initial) que la musique française dont on aime ainsi jouée les couleurs et la clarté. Le Perpetuum mobile final emporte l’auditeur au rythme du violon endiablé de Tatiana Samouil, mais tenu par la rigueur de l’écriture, et du piano conduit, telle une mécanique implacable, par David Lively. La Sonate de Fauré 1 (1875) a marqué l’histoire de la musique de chambre française dans sa volonté de se dégager des influences germaniques. Elle est toute en douceur, en délicatesse, en séduction. Le violon se fait rêveur, le piano disert. Allegro ample et lyrique, andante nocturne et vaporeux, allegros discrètement enflammés bénéficient d’une interprétation où les musiciens conjuguent leur complicité, même si la prise de son avantage la violoniste. L’arrangement pour violon et piano d’Après un rêve nous épargne la mièvrerie des vers et rehausse l’élégance fluide de la mélodie de Fauré, alors que le Clair de lune extrait de la Suite bergamasque de Debussy pâtit au contraire de cette réécriture, inutilement augmentée pour Tatiana Samouil. Sa virtuosité triomphe sans coup férir dans la rapsodie de Tzigane, réduite par Ravel lui-même pour violon et piano. Massenet clôt la méditation nocturne d’un enregistrement de musique de chambre française généreux.

Jean Jordy


Tatiana Samouil et David Lively: