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Consone Quartet

Haydn, Mendelssohn, quatuors à cordes

Consone Quartet
 
Haydn, opus 77 1. Mendelssohn, opus 12, opus 81. Consone Quartet. CD Ambronay 70’41.

Bénéficiant d’un projet porté par plusieurs organismes européens, dont le Centre culturel de rencontre d’Ambronay, gage de qualité, la jeune formation britannique Consone Quartet enregistre son premier disque. Son choix indique à la fois l’exigence du Quatuor et son originalité: deux œuvres de Félix Mendelssohn encadrent le splendide Quatuor à cordes de Joseph Haydn opus 77 1 (1799). La place centrale accordée à Haydn apparait symbolique de l’hommage rendu au Père du Quatuor. L’album s’ouvre sur les notes graves et belles de l’Adagio ma non troppo de l’opus 12 de Mendelssohn. Et l’auditeur est immédiatement sensible au climat instauré qui relève d’une interprétation tenue, adoptant le tempo le plus juste, calme et serein, et à la fusion d’instruments d’époque aux sonorités moelleuses. Marc Vignal dans son excellente introduction repère avec bonheur les réminiscences beethoveniennes dans cette œuvre qui suit de près (1829) la mort du compositeur allemand (1827). Mais ce que révèle l’écoute est moins cette parenté réelle que la maitrise précoce de la forme (Mendelssohn a 20 ans) et la singularité, c’est-à-dire la verve, la délicatesse, la transparence, aussi bien par exemple dans la Canzonnetta frémissante et son allegretto fantasque que dans le dernier mouvement plein de fièvre, mais dont le final fait éclore le silence. L’opus 81 posthume composé de quatre pages écrites à des dates différentes apparait à l’évidence plus disparate. Le Consone Quartet en livre une version claire et fluide, conférant à chaque moment sa couleur et son rythme propres, dont une Fuga sobre et prenante. Le Thème avec variations initial semble un signe adressé à Joseph Haydn dont l’opus 77 1 constitue le cœur battant du disque. L’élan joyeux de l’Allegro et son harmonieuse construction, la noblesse de l’Adagio, le Scherzo, bien que noté Menuetto, et son rythme emporté, la légèreté du Presto, sonnent avec plus de netteté que de tendresse. Mais le Consone Quartet sait trouver le juste équilibre entre la spontanéité fiévreuse et la mesure, la pondération, exaltant de la sorte l’idéal classique que représente ce point d’aboutissement ou presque de l’itinéraire du compositeur. Les instruments dialoguent moins qu’ils ne participent à un édifice commun dont la dignité s’épanouit dans la fantaisie, la grandeur dans le sourire. Peut-être pourra-t-on reprocher au jeune quatuor de privilégier les premiers aux seconds, comme pour mieux prouver leur sérieux, alors que leur talent leur permettait plus de lâcher prise ou de fantaisie. Mais le choix des œuvres et leur parti pris interprétatif convainquent l’auditeur qui peut déceler sans doute aucun les promesses d’une formation homogène, exigeante et solide.

Jean Jordy