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Antonio Vivaldi

Concerti da Camera

Antonio Vivaldi
 
Antonio Vivaldi, Concerti da Camera. Il Delirio fantastico, direction Vincent Bernhardt. CD Calliope. 63’05.

Les Concertos de Chambre de Vivaldi (sept sont ici enregistrés sur les vingt un connus) ont la particularité de réunir quatre à cinq instrumentistes, flûte, basson, hautbois, violon(s) et continuo (guitare, théorbe, clavecin ou orgue). Mais point d’orchestre pour s’opposer au petit groupe. Point de combat. Bien plutôt un dialogue piquant où s’expose et explose une palette de couleurs sonores. Il s’agit là de pièces souvent enjouées, prestes, que des ombres assombrissent fugacement. Elles suivent une composition en trois mouvements notés Allegro, Largo, Allegro. Seule La Notte pousse l’audace jusqu’à compter cinq parties, il vrai d’une singulière originalité, poétique et dramatique. Œuvres de divertissement profane, ces concertos imposent aux interprètes modernes une virtuosité technique, un choix de tempo, un mariage de sonorités, la couleur du continuo le mieux adapté, qui font le prix et l’originalité de ces pages portées avec passion et brio par Il Delirio fantastico. Le groupe réunit neuf musiciens sous la direction experte de Vincent Bernhardt qui tient aussi les parties d’orgue ou de clavecin. Il fait adopter un rythme décidé, allant, offrant à chaque moment musical une respiration épanouie. Ainsi par exemple du Concerto RV94. Comme le spectateur admiratif devant les détails d’un tableau, il faudrait noter ces petites joies qui émaillent l’écoute de l’auditeur, tel enivrement de la flûte à bec , l’imitation gracieuse des chants d’oiseaux, tels frémissements des violons, telle cocasserie du basson, une espièglerie du hautbois, le bouillonnement du clavecin, la sensualité grave de la guitare, la majesté de l’orgue, et complimenter chaque interprète pour l’humeur plaisante et aimable qu’ils savent distiller. Ainsi on apprécie dans les Fantasmi de La Notte le basson qui joue, bougonnant et bon enfant, à nous faire peur. Ou dans la même pièce l’entrée de la flûte dans le largo initial d’une rare solennité, et le long étirement du Sonno. On aime aussi le caractère rêveur du largo du RV96, ses amples arabesques, et son empreinte dans la rythmique même de l’allegro dansant. Les jeux du hautbois et du basson, de la flûte et du violon, le rythme sautillant de l’allegro du dernier concerto RV107 composent une églogue d’une fine délicatesse que ne démentent pas un largo tendre et élégiaque et un ultime mouvement élégant, comme une signature de l’album.
Pour quoi cet enregistrement réalisé à l’automne 2015 dans une belle acoustique nous parvient-il seulement à l’aube de l’été 2018? La notice musicologique rédigée par Vincent Bernhardt se révèle par ailleurs précieuse pour mieux connaitre l’histoire des Concerti da Camera, dont la vivifiante interprétation réjouit l’auditeur. Les musiciens de Il Delirio fantastico sous la direction de Vincent Bernhardt donneront un concert le mercredi 14 novembre à 20h30 dans l’Eglise Saint-Exupère de Toulouse, lors de la saison des Arts Renaissants autour de Claudio Monteverdi et Tarquinio Merula. Nous ne les manquerons pas.

Jean Jordy


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